Au Liban, les bonnes étrangères ont perdu le droit de se marier ou d’entretenir une relation amoureuse. Les familles qui les emploient sont tenues de surveiller leurs fréquentations. La plupart des domestiques vivent sur leur lieu de travail, et cette nouvelle directive leur interdisant d’avoir la moindre relation privée risque de relancer la pratique de l’enfermement.
En 2019… comme à l’époque de l’esclavage
Bonnes à tout faire ou nounous au Liban, elles rêvaient d’émancipation après la création, l’hiver 2014, à Beyrouth, de leur syndicat, le premier du genre dans le monde arabe. La, les voici soumises à de nouvelles restrictions : ces travailleuses domestiques ont désormais l’interdiction de se marier dans le pays ou même d’y entretenir une relation amoureuse. La réglementation impose à leurs patrons de veiller au grain, en surveillant leurs allers et venus.
Cette nouvelle mesure concerne 250 000 femmes, originaires d’Afrique ou d’Asie. Une nouvelle close a été insérée à la lettre d’engagement signée, à côté du contrat, par chaque employeur chez le notaire, pour embaucher une nounou ou renouveler son séjour. Noir sur blanc, il est stipulé que la famille doit empêcher toute idylle concernant leur employée.
Des conditions de travail difficiles
A l’origine de la directive, la Sûreté Générale, l’organisme qui contrôle la présence des étrangers, affirme vouloir « protéger » les enfants qui naîtraient d’une union. De façon ironique, c’est une reconnaissance inattendue de la précarité des domestiques : leurs salaires sont misérables et elles vivent pour la plupart sur leur lieu de travail, où de nombreux patrons leur réservent un bout de cuisine ou une minuscule pièce en guise de chambre.
Adoptée en 2014, cette circulaire a été avalisée par le ministère de la justice avant d’être transmise aux notaires. Les militants des droits des migrants considèrent que la Sûreté Générale veut, en réalité, limiter l’implantation des étrangers. Les abus subis par les domestiques sont régulièrement pointés du doigt : horaires harassants, privations de sorties, voire violences et même viols.
« Ces textes nient le droit des travailleuses »
« Dans les cafés, je vois de jeunes couples libanais amoureux. Pourquoi deux étrangers n’auraient pas le droit de s’aimer ? » Rose, employée camerounaise.
Pour Rose, une Camerounaise de 45 ans qui a élevé ses deux enfants à distance et s’est séparée de son mari, l’interdiction de nouer un rapport amoureux confirme que les migrantes sont maintenues en marge de la société. « Dans les cafés, je vois de jeunes couples libanais amoureux. Pourquoi deux étrangers n’auraient pas le droit de s’aimer ? », s’interroge cette femme énergique, qui exclut une romance avec un Libanais.
Minoritaires, les employées de maison qui ont fondé une famille au Liban par le passé en se liant avec un autre étranger sont aussi dans la ligne de mire de la Sûreté Générale : leurs enfants risquent l’expulsion. « Ces textes nient le droit des travailleuses à avoir une vie personnelle », déplore Rose.
Au cours des dernières années, les domestiques ont été plus nombreuses à bénéficier d’un jour de congé hebdomadaire. Mais l’obligation faite aux employeurs de contrôler les contacts de leur bonne risque de relancer la pratique de l’enfermement, s’alarment des associations.
Source : Negronews

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