Les Awards (ou cérémonie de récompense) de musique au Togo, c’est tout un feuilleton ! Entre les Awards qui ne survivent pas plus de deux ans, et ceux qui ne tiennent pas leurs promesses, difficile d’y croire. Mais pour une fois, intéressons- nous aux cérémonies de récompense qui sont restées constantes en termes d’organisation, la plus emblématique étant All Music Awards (ex-Togo Hip Hop Awards), et le « petit nouveau » The Heroes 228. Servent-ils réellement les intérêts de la musique togolaise ?
ALL MUSIC AWARDS, LA VIEILLE MÈRE !

L’histoire commence un 19 décembre 2003, où la radio Zéphyr au summum de son influence organise la première édition des Togo Hip Hop Awards (THHA) pour célébrer ces artistes qui faisaient rêver la jeunesse togolaise. Créés pour récompenser les rappeurs togolais qui ont marqué l’année musicalement parlant, les THHA ont connu un succès immédiat, tant le Hip Hop régnait en maître sur la musique togolaise !
Plus de cinq mille jeunes avaient fait le déplacement du Palais des congrès de Lomé ce soir-là, on raconte qu’il n’y avait même plus de places disponibles dans les escaliers. Et même si les artistes ne repartaient qu’avec rien d’autre qu’un trophée et un accompagnement en diffusion média, ils étaient quand même largement satisfaits, guidés par l’amour et la passion de leur art.
Il faut noter qu’à l’époque, être diffusé sur Zéphyr avait un impact significatif sur la carrière d’un artiste. Au fil des années, les tendances ont mué. De nouvelles façons de consommer la musique sont apparues : les réseaux sociaux et médias en ligne, la démocratisation de Trace TV grâce à Canalsat, le peu de suivi des artistes par les organisateurs des THHA, la disparition du festival AfricaRap, le déclin progressif du hip hop local couplé à la montée en puissance de l’Afropop nigérian et du coupé- décalé ivoirien…
En 2011, une radio vient bousculer la donne : Radio en Or vole la vedette à la Radio Zéphyr, et propose un contenu urbain qui plaît instantanément aux jeunes. Elle organise dans la foulée les Reo Urban Music Awards en 2012 et les cyphers (Ouloulou), avec l’arrivée d’une certaine Magali (Oui, Oui), et à la clé, 100.000 Fcfa en espèces pour chaque lauréat, une première dans l’histoire des Awards au Togo. Les rumeurs racontent que les lauréats n’ont jamais touché leurs récompenses financières. Les mutations que connait le secteur de la musique vont néanmoins obliger les THHA à changer de nom ; désormais, ce sera les All Music Awards (ALLMA), intégrant les autres genres musicaux jusqu’alors mis à l’écart. Quinze ans plus tard, les ALLMA ont perdu de leur superbe.
Mais dans la réalité, les concernés peinent à jouir de leurs prix. La découverte de l’année qui est censée être suivie, est laissée à elle-même dès la fin de la cérémonie. Mais les choses étant ce qu’elles sont, les artistes locaux continuent de s’en contenter. Ils sont toujours les premiers à critiquer, promettant même le boycott mais sont les premiers à se déplacer lors de l’édition suivante. C’est dans ce contexte qu’apparait The Heroes, qui suscite l’intérêt général dès sa création.
THE HEROES 228, QUI DIT MIEUX ?

The Heroes 228 apparait pour la première fois fin 2015, et est présenté comme une cérémonie de récompenses primant les chansons qui ont fait le buzz au cours de l’année. D’abord présenté comme l’évènement de Taxi FM, la radio qui promettait d’innover, il ne faudra pas longtemps pour comprendre que c’est en fait un projet de Rachid Souleymane & Gold Communication.
L’originalité de The Heroes consiste à nominer douze héros qui sont automatiquement lauréats, et qui sont obligés d’interpréter leur plus grand succès devant le public du Palais des Congrès. Les artistes héros sont rémunérés pour la prestation, en plus de repartir avec un trophée.
« Au moins, eux ils donnent de l’argent » nous a confié un artiste qui a tenu à garder l’anonymat.
Mais en réalité, Gold Communication utilise le nom des artistes pour donner de la crédibilité à son évènement. Les deux premières éditions ont connu un relatif succès, la troisième, en demie teinte, ce qui a contraint le promoteur à s’exiler à Abidjan pour une aventure « ambigüe» menée par Mr Moussa de Lyon.
L’édition 2018, a ratissé large : on a nominé tout le monde et n’importe qui après un tollé général sur les réseaux sociaux à cause de la non-nomination de IDOT, jeune arrangeur qui a énormément impressionné cette année. Quelle valeur peut-on encore donner à une cérémonie de récompenses qui se permet de tels écarts de conduite ?
LES AWARDS AU TOGO, QUI EN PROFITE VRAIMENT ?
Chaque année, c’est la même rengaine « on n’a pas d’argent, on fait des sacrifices en interne, ça ne va pas, c’est le pays qui est comme ça… ». Mais si ça ne va pas, pourquoi chaque année vous l’organisez quand même ? Sans jamais chercher à y apporter des innovations réelles qui profitent à l’artiste ou à la maison de production qui trime tout au long de l’année pour produire et promouvoir de la musique de qualité.
La vérité, c’est que ces évènements profitent d’abord à ceux qui l’organisent : Zéphyr pour garder un semblant d’influence dans le paysage médiatique local, et Gold Communication pour déployer son parc podium – sono – lumière et montrer son expertise dans le génie évènementiel. Dans les deux cas de figure, les artistes sont le dernier des soucis des organisateurs. En général, il parait qu’il n’y a pas d’annonceurs ou de mécènes qui accompagnent.
À Gnadoè, nous pensons que c’est plutôt les projets qui sont mal vendus. La musique est le produit culturel le plus consommé au local. Comment peut-on avoir autant de mal à trouver des entreprises pour y investir ? À côté, le festival Emergence de Joel Tchedre qui récompense le meilleur du cinéma local et/ou africain arrive à assurer une rémunération de 250.000 FCFA à 500.000 FCFA pour chaque lauréat.
S’il n’y a pas l’argent à Lomé, où le trouvent-ils, eux ? Il serait peut-être temps de remettre les artistes au centre des projets. Nous voulons voir les artistes togolais rouler en voiture et construire leurs maisons, ne plus les voir prendre « Zed » à la sortie du Palais des Congrès. Que chacun joue bien son rôle, et nous sommes certains que c’est tout le showbiz local qui connaîtra un effet domino. En attendant, nous les « aigris », nous serons encore là pour critiquer .

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